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Viols dans la police : du corporatisme à l’autisme professionnel !

Par Michel Engelmann le 25 octobre 2010

L’Affaire de Sihem Souid auteur de L’Omerta dans la police est là pour nous le rappeler, les viols, dans la police, ne sont pas aussi rares que la hiérarchie policière veut bien le dire et surtout celle-ci ne prend pas systématiquement de mesures à l’encontre des fautifs. Notre enquête montre que même la justice freine à poursuivre les auteurs souvent défendus par des avocats qui se sont fait une part de marché dans la défense des policiers

 

La plus part du temps les viols ne sont mis à jour que grâce à la persévérance des personnes violées :

Les viols commis par des policiers dans l’exercice de leur fonction ne sont connus que par la volonté et la persévérance des personnes qui les ont subis. Une courte revue des cas officiellement connus montre qu’il en existe de deux sortes : les viols commis sur des civiles et ceux commis sur des policières.

Tout d’abord ils ne sont pas légion et ceci tant mieux. Mais n’y en aurait-il qu’un seul que ce serait un seul de trop. Lorsque l’on connait la difficulté de se faire entendre on peut imaginer que le nombre de cas connus est un pourcentage infime du nombre de cas réels.

Le premier constat que l’on peut faire c’est que le nombre de cas connus a augmenté ces dernières années.

L’IGPN/IGS classe systématiquement sauf à être pris de court par la rumeur « publique » :

Dans la plupart des cas la « Police des Polices » classe, sauf lorsqu’elle est prise de vitesse par la rumeur publique voire même ministérielle. Cette dernière situation est tellement rare qu’on ne la rencontre qu’une fois dans l’historique que nous avons pu dresser. Et encore, l’événement avait été montré du doigt par MAM, ancienne ministre de l’Intérieur, qui voulait « aider » son successeur, nouvel arrivant dans la fonction, peut être pris de vitesse par l’évènement marseillais.

Le « courrier circulaire » de la « Police des Polices » est toujours le même dans les affaires impliquant des policiers : « Toutefois, l’inspection générale de la police nationale n’étant pas compétente pour traiter les doléances qui lui sont adressées directement par les particuliers, j’ai transmis votre courrier à la direction centrale de la sécurité publique … qui ne manquera pas de vous tenir informée des suites éventuelles qu’elle aura données à cette affaire ».

Dans certaines affaires que nous avons pu examiner nous pouvons rapporter que 3-4 ans plus tard la fameuse direction centrale n’a toujours pas manqué de ne pas répondre et que des fuites « malencontreuses » ont eu lieu en direction des policiers incriminés, malgré les dénégations du secrétaire général de l’IGPN contacté directement.

L’IGPN/IGS a toujours répondu oralement qu’elle ne peut être saisie que dans le cas d’une procédure pénale à l’encontre du policier voire des policiers. C’est donc une direction d’archivage systématique du type de celles bien connues de certains régimes politiques.

En moyenne la persévérance coûte trois années d’enfer à la personne qui a subi le préjudice :

En moyenne, sur l’ensemble des cas observés, il s’est dé roulé 3 années entre les faits de viol et le jugement. Ce délai a toujours été plus court lorsque les faits étaient publiquement connus que lorsqu’ils ne l’étaient pas. Donc, dans les cas de viols par des policiers, que ceux-ci soient effectués sur une citoyenne lambda ou sur des policières, un certain autisme se met en place qui contribue à protéger le coupable voire les coupables.

Les magistrats ont tendance à classer pour « protéger les policiers » :

Dans la majorité des cas ce délai de 2-4 ans est essentiellement dû à la « lenteur » du processus judiciaire.

La procédure interne à la Police n’est jamais déclenchée sauf cas d’exception. La plaignante doit alors se retourner vers la justice pénale. Etrangement celle-ci prend son temps. Comme nous l’avons observé dans une autre affaire impliquant un policier tous les arguments sont bons. Un juge d’instruction ira même jusqu’à dire : « … votre dossier n’est pas prioritaire en raison du fait qu’il n’y a personne de détenu, ce qui risque de prolonger les délais ». Et d’ajouter que «  … dans votre cas (je suis) très hésitante et (j’attends) beaucoup de l’avis du Parquet ». 18 mois plus tard la plaignante était toujours sans nouvelle.

Grâce à ce déni de justice qui peut durer jusqu’à 4 ans certains magistrats protègent indument des policiers et comptent sur la lassitude des plaignantes pour clore les affaires. C’est la phase de « corporatisme » OPJ qui ne peut être dépassée que par la volonté inébranlable de l’avocat et de la plaignante.

Ce qui apparait dans certains tribunaux c’est que ce sont souvent les mêmes magistrats qui agissent ainsi, ceux ou celui que les avocats appellent « le protecteur des policiers ». L’examen de différentes affaires sur le TGI de Tours montre que le juge Boulard-Paolini peut être présenté comme l’exemple de ceux-ci, même pour des affaires hors viols impliquant des policiers.

L’horreur est au rendez-vous :

Le calvaire des plaignantes n’est cependant pas terminé. Ces policiers sont souvent défendus par des avocats « spécialisés » dans leur défense. Ce sont des avocats que les policiers appellent entre eux « les avocats des policiers ». Ce sobriquet leur est donné car ils tirent une grande partie de leurs revenus directement et indirectement de la relation étroite qu’ils ont construite dans le temps lors de la défense des « hommes » des commissariats.

Le procès des « Policiers harceleurs » de Tours, affaire remontant à 2003 et jugée fin 2005, est édifiant à ce titre. Grâce au bon vouloir du juge, une femme policière poursuivait en justice pour harcèlement sexuel trois de ses confrères, y compris une femme. A l’issue du réquisitoire au cours duquel le procureur accusait les trois fonctionnaires d’avoir « flétri l’honneur de la police » le défenseur de l’un des harceleurs, Maître Boualemen Benjador, prenait la parole et s’exprimait en ces termes : « Il ne s’agissait que d’une plaisanterie de mauvais goût pour décompresser dans un commissariat où on rigolait beaucoup sur le sexe. Il y avait même des livres pornos qui traînaient. Le processus de la plaisanterie a dérapé, car l’adjointe de sécurité, stressée, fragile n’a pas compris la profonde amitié que lui vouaient ses collègues ».

Cette tirade traduit bien l’horreur à laquelle ces femmes policières sont soumises, la défense dans ce cas-là dépassant tout ce qu’il était possible d’attendre.

L’horreur est au rendez-vous car certains défenseurs ne reculeront devant rien pour conserver leur « marché » au commissariat. 

Conclusion:

La Commission Européenne a rappelé la France à l’ordre à plusieurs reprises sur le fait qu’elle « protège trop sa police ». Elle voulait certainement dire qu’elle protégeait trop ses policiers. L’autisme de l’IGPN/IGS associé au corporatisme des OPJ, qu’ils soient policiers et magistrats, permet au système de se protéger des lois de notre pays. Dans les cas de viols c’est encore pire que dans toute autre situation et cela ne contribue pas à améliorer l’image de la police même si cela ne touche qu’une faible partie des policiers.

Références :

Sihem Souid : « Le racisme est bien ancrè dans la police », 20minutes.fr, 22 octobre 2010

Sept policiers jugés pour des viols de prostituées, Le Figaro actualités, 14 octobre 2007

Trois policiers Niçois soupçonnés du viol d’une prostituée, France Soir, le 02 mars 2010

Les violeurs de la CRS 7, Le Jura Libertaire 24 septembre 2007

Prison ferme requise pour des policiers violeurs, Le Parisien, 03 juillet 2002

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