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Police/justice

L’Affaire Mériot

L’Internaute de Tours

Tours 37 – mise à jour le 12 juillet 2009

 

« Il faut que la société regarde les choses puisque c’est elle qui les fait » Victor Hugo, Les Misérables

Lu pour vous

 

  LU POUR VOUS

LES ROBES NOIRES

(comment se fabrique une erreur judiciaire)

Claude Llorente

Edition Alphée – Jean Paul Bertrand

 

Maître Llorente a écrit un roman au cours de la lecture duquel on découvre un certain nombre de « vérités » sur le comportement de certains magistrats. C’est d’ailleurs la meilleure façon pour un avocat éminent de dire certaines choses que tout le monde sait mais que personne ne veut dire pour ne froisser quiconque.

Honneur est fait tout d’abord à quelques remarques sur les procédures judiciaires puis au juge Ragal, à Madame le juge Ragal, Juge d’Instruction, personnage purement imaginaire.

Remarques sur les procédures judiciaires :

L’auteur fait dire au juge d’Instruction « Je suis la Justice, vous êtes le Crime ». Propos que campe le dialogue à sens unique, en contrepoint des propos tenus par ailleurs dans un livre écrit par le Procureur Maurel (1).

Maître Llorente avait pris soin de faire annoncer par l’avocat, au « présumé coupable », son client, que « La loi actuelle pose le Juge d’Instruction en fonctionnaire dominateur. Certains magistrats en usent et en abusent… C’est le seul maître à bord » dans votre histoire. C’est d’ailleurs le seul maître à bord dans toutes ces affaires et dans le cas présent c’est le Juge Ragal.

Alors que l’audition du « prévenu » se poursuit le Juge Ragal reprend Maître Alvès sur un ton que l’on imagine comme plus qu’une remontrance. Il est intervenu pour son client pendant le déroulé de l’exposé de Ragal : « … Maître Alvès, qui me coupe la parole et interrompt notre interrogatoire, sans y être autorisé, cela en total irrespect de la loi de procédure pénale ... ».

Et de recommencer de nouveau, même cause même effets : « Maître, vous n’avez nullement mon autorisation pour vous emparer de la parole ! C’est le juge seul qui mène ses interrogatoires ! C’est la loi ! Pliez-vous à la loi ! Le législateur a eu la grande prudence de museler l’avocat devant le juge d’Instruction ! Ne l’oubliez pas !...Les textes vous imposent le silence » poursuit le juge Ragal lors de la même audition.

Le tableau est planté là, le Juge d’Instruction poursuit son accusation comme l’aurait fait un Procureur.

Le présumé coupable devient vite le coupable dans le monologue du juge Ragal. En conséquence le dossier d’instruction devient le dossier d’accusation. « Construire un coupable par amour ! Par amour du beau dossier et par aversion pour le doute ! » nous résume l’auteur qui nous donne la clé de la rédaction de celui-ci : « Comment arriver à retranscrire dans les procès-verbaux, avec la plus grande exactitude, ce que déclare une personne mise en cause ? Impossible ! Il ya a toujours une marge d’appréciation. Alors, certains juges, certains policiers, pour arrondir les angles vers la culpabilité qu’ils conçoivent comme certaine, interprètent, ou pire ajoutent, ou retranchent parfois aux déclarations. De même lorsqu’un témoin à charge est douteux, où qu’une partie civile parait tenir un langage hasardeux, ils peuvent finir, dans ce qui est dicté, noté, par rendre crédibles des propos qui ne le sont pas ! »

Il n’y a ni place au doute ni à la confrontation : « Toutes les investigations à décharge leur paraissent choquantes, voire scandaleuses : le beau dossier, fait la belle erreur judiciaire. »

Et lorsque Augustine, le « présumé coupable » décrit les sévices qu’il a subit au commissariat de la part des policiers le Juge Ragal s’exclame « Taisez-vous Augustine, vous mettez en cause le bras séculier de la Justice, notre Police ! ». L’auteur a su saisir là LA situation qui exprime ce que bon nombre d’avocats pensent de la « protection » dont bénéficient et usent les policiers de la part de certains juges. Comportement que personne n’ignore mais dont personne ne veut parler.

 Ce qu’il faut lire surtout c’est le contexte dans lequel ces choses là son dites par Maître Llorente.

Le portrait que fait Maître Llorente du Juge Ragal contribue tout particulièrement à rendre l’histoire plus proche de certaines affaires récentes.

Le Juge Ragal :

Llorente nous décrit le juge Ragal comme le « juge de l’accusation », « par dépit, par aigreur, par facilité, c’est plus simple. Il n’y a plus de questions à se poser. On rencontre cela, malheureusement à tous les niveaux judiciaires ». L’auteur d’ajouter plus loin : « A quand la loi qui pose, en principe, que parfois le doute doit habiter l’esprit du juge ? ». Car depuis le début de l’affaire que nous présente l’auteur le juge Ragal n’a qu’une opinion et tous les faits et gestes d’Augustine ne font que renforcer cette opinion ; Augustine est et reste coupable. Le doute, la culture du doute, c’est bien là la question essentielle rapidement abordée par Maître Llorente et longuement traitée par le Procureur Maurel dans son livre Paroles de Procureur (1).

On découvrant Ragal on voit Burgaud.

En conclusion :

Un livre intéressant qui dévoile un certain nombre de pratiques connues des magistrats. Le roman a quelques longueurs mais sent le vrai d’un bout à l’autre de l’histoire, même si le dénouement peut paraître fantasque. Malheureusement il est plus que vraisemblable pour tous ceux qui ont vécu où suivi ce genre d’affaire.

 

(1) Paroles de Procureur, Erick Maurel, Témoins, Gallimard

 

 

 

 

 

 

 

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