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LU POUR
VOUS
Paroles
de procureur – Erick Maurel, éditions Témoins Gallimard
L’auteur
est Procureur à Pau après avoir été Procureur à Saint Omer notamment. S’il
n’a pas été plongé dans l’affaire d’Outreau il l’a côtoyée et nous en donne
un récit intéressant.
Il nous
fait partager la vision de son métier ainsi que de celui des magistrats en
général.
Souffrances et misères !
C’est le
tout premier chapitre de ce livre qui nous montre que les magistrats vivent
au cœur des souffrances et des misères du quotidien de chacun de nous.
Comme le médecin ne peut montrer sa compassion à son malade le magistrat ne
peut s’abandonner à des réactions de sensibilité. Ceci n’a rien à voir avec
de la distance mais est nécessaire à la quête de la vérité. Le magistrat
vit au cœur de la société et s’exprime avec réserve. Ce comportement est
d’autant plus nécessaire qu’il fait face à la souffrance des victimes.
« Il nous faut avant tout agir en
professionnels : c’est la meilleure des garanties que nous puissions
donner à ceux dont la vie dépend de nos décisions. Les règles de procédure
sont les garde-fous contre d’éventuelles intrusions de la subjectivité ».
Il nous faudra attendre la suite des développements du Procureur Maurel
pour être certain qu’il veut bien parler de procédures. Pour nous les
procédures garantissent que chaque citoyen sera traité comme son voisin. La
procédure indique la marche à suivre et rien d’autre.
Ce qui
est plus intéressant c’est la suite du développement du Procureur
Maurel : « Le peuple a
donné mandat aux juges de décider en son nom, tandis que la souveraineté
nationale demande aux procureurs de défendre l’intérêt général défini par
le corps social ». Cette phrase devra être méditée par chaque
citoyen et revue à l’aune du reste du développement de l’ouvrage.
Doutes et certitudes :
Ce
chapitre du livre est très intéressant. Le Procureur Maurel nous parle ici
du doute comme « le carburant
d’une mécanique complexe associant la connaissance de la norme juridique,
l’ouverture d’esprit et le bon sens ». dans tout son développement
on n’est pas loin du doute scientifique comme moteur de la découverte. Car
le doute dont il nous parle n’a rien à voir avec l’incapacité à décider
mais bien tout au contraire avec une méthode de travail à la recherche de
la vérité. « C’est une méthode
de raisonnement où se confondent fait et droit » nous dit-il tout
comme dans la recherche scientifique où le doute est la confrontation des
résultats obtenus avec la technique et les artefacts que celle-ci peut
générer. « Le magistrat va
remettre en cause ce qui lui est présenté, demander des vérifications, pour
obtenir différemment les investigations ». C’est ce doute qui doit
condamner certaines décisions en matière pénale. C’est ce doute qui chez le
magistrat est le moyen de confronter ce qui lui est présenté comme preuve.
C’est le même doute qui chez le chercheur doit lui permettre de confronter
les preuves qu’il aura rassemblé pour découvrir la vérité. Sans ce travail
de doute « la vérité judiciaire peut
être fabriquée » et fort éloignée de « la vérité »
tout simplement.
(A
suivre)
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