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Police/Justice

 

 

Tours 37 – mise à jour le 15 décembre 2009

 

« Il faut que la société regarde les choses puisque c’est elle qui les fait » Victor Hugo, Les Misérables       

 

 

 

Plaider coupable pour désengorger les tribunaux oui, mais aussi pour un mieux de justice: est-ce possible ?

 

La question du « Plaider coupable » vient aujourd’hui sur le tapis suite au rapport Léger comme partie prenante du vaste programme de modification des règles de fonctionnement de notre Justice. Certains soutiennent ce projet au prétexte entre autre chose que cela désengorgerait les tribunaux. D’autres s’y opposent en avançant qu’un tel changement pourrait inciter certains prévenus à plaider coupables pour éviter de subir la pression des magistrats et des policiers réunis. Ces derniers se référent immédiatement à Outreau.

Il est certain qu’introduire le « Plaider coupable » dans notre système judiciaire n’aurait rien de glorieux si ce n’était que pour désengorger les tribunaux et si cela ne conduisait pas également à mieux de Justice.

Décortiquer l’Affaire d’Outreau pour comprendre l’intérêt du « Plaider coupable » serait long et complexe tant il y a eu de choses de dites sur cette affaire. Par contre reprendre l’affaire de l’Internaute de Tours patiemment décortiquée serait une bonne leçon.

 

Voila un jeune homme, l’Internaute de Tours, détecté pour avoir « diffusé une image pédopornographique sur l’Internet le 06 juin 2006 » et qui, après saisie des ses disques durs le 23 novembre 2006, auditions par la police et expertise informatique se retrouve en « reconnaissance de culpabilité » en avril 2008.

Refusant de reconnaitre la culpabilité qu’on lui propose il se retrouve en correctionnel le 21 décembre 2008. Quelques jours après cette « reconnaissance préalable de culpabilité », qui n’est rien d’autre que la forme actuelle du « Plaider coupable », l’Internaute a accès à son dossier. Car ce n’est qu’après cette comparution en « reconnaissance préalable de culpabilité » que l’on a accès au dossier complet de l’accusation. C’est alors qu’en 5 minutes il découvre que les fichiers qu’on lui présente à charge (147 photos qui pourraient être à caractère pédopornographique dont 57 qui sont …..) sont tous datés de 8 mois (15 juin 2007) après la saisie des ses disques durs par les policiers à son domicile.

Face à une telle situation le Président demande à l’expert de la police, le 21 décembre 2008,  une commission rogatoire. Il convoque une nouvelle audience en correctionnel en septembre 2009.

A l’audience du 07 septembre 2009 la nouvelle analyse des policiers est confrontée à celle d’un expert judiciaire privé commandité par l’Internaute. Toutes les découvertes de l’Internaute sont confirmées.

Le président prononce sa relaxe.

Ainsi, si l’Internaute avait reconnu la culpabilité qui lui était proposé avec force et insistance par le Procureur Adjoint en avril 2008 il n’aurait jamais connu la vérité qu’on lui opposait, vérité issue des preuves que l’expert présentait, vérité visible de tous dans l’annexe du dosier.

Comment en est-on arrivé là ?

Selon la procédure en « reconnaissance préalable de culpabilité » un prévenu n’a accès aux données de son dossier qu’après l’audition en « reconnaissance préalable de culpabilité ».

Ceci revient à dire : vous reconnaissez être coupable et vous ne verrez pas ensuite !

Pour que le « Plaider coupable » soit un mieux pour la Justice il faudra que l’accès du « prévenu » aux données détaillées de son dossier soit systématique et le plus précoce possible, en tout cas bien avant le « Plaider coupable ». La loi sur le « Plaider coupable » doit être associée à celle sur « l’accès plus précoce au dossier de l’accusation » !

On nous dit qu’avec le « Plaider coupable » soit vous plaidez coupable et en l’occurrence vous avez une réduction de peine, soit vous allez aux Assises ou en Correctionnel selon le cas !

Que peut’ il se passer dans un cas comme celui de l’Internaute de Tours ?

La procédure actuelle en « reconnaissance de culpabilité » prévoit que le « prévenu » va aux Assises ou en correctionnel pour ne pas avoir reconnu la culpabilité qu’on lui propose. C’est ainsi que l’Internaute de Tours est allé en correctionnel, tout d’abord le 21 décembre 2008 puis le 07 septembre 2009. Pour motiver la seconde comparution les magistrats demandaient à l’expert de « bien vouloir dire s’il est possible de dater les apparitions premières des clichés exploités et comment, sans que le procédé soit contestable ». Pour tout personne un peu férue en informatique et connaissant le dossier c’était peine perdue pour l’expert.

Cette situation est née en grande partie de la méconnaissance des dossiers par les magistrats qui pourraient invoquer par exemple la surcharge de travail. Elle est aussi née de la confiance aveugle que certains magistrats ont eu à l’égard de policiers avec lesquels ils travaillent au quotidien. Pour éviter cette situation ridicule il eut mieux valu que l’Internaute ait accès au dossier avant « la reconnaissance de culpabilité ».

Différentes solutions pourraient alors se présenter. Tout d’abord les deux parties tombent d’accord et soit la relaxe est prononcée immédiatement soit elles décident de recourir à une expertise contradictoire dans le vrai sens du terme, c'est-à-dire impliquant les deux parties. Ou bien encore la cour décide de passer outre est poursuit le présumé coupable en correctionnel. Dans ce dernier cas la décision est prise en toute connaissance de cause.

Le « Plaider coupable » doit aussi prendre en considération les cas ou le « présumé coupable » n’est pas coupable au regard des preuves et envisager une autre sortie que les Assises ou la correctionnelle. C’est la Justice qui est en cause, pas l’inculpé.

En conservant au « Plaider coupable » les modalités de « La reconnaissance préalable de culpabilité » la justice partirait encore du principe que le présumé coupable est coupable. Les magistrats partent du principe qu’ils ont rassemblés les preuves indiscutables, où du moins que les preuves rassemblées par les policiers sont indiscutables. Lorsqu’ils convoquent le présumé coupable les magistrats assument la responsabilité de cette décision car ils sont censés avoir exercés leurs jugements sur le dossier dont ils disposent.

Il est plus que probable qu’un tel cas peut s’appliquer à chacun des « accusés » de l’Affaire d’Outreau selon le principe du « comment traiter de la complexité d’une affaire à partir d’un cas isolé » !

Les affaires récentes, Outreau, Coupat et l’Internaute de Tours, montrent que même si ces affaires restent peu nombreuses le Plaider Coupable doit intégrer la possibilité que le présumé coupable ne soit pas coupable.

Est-ce que la Justice doit cautionner la bavure policière ?

Même si un mieux de justice ne concerne que des cas d’exception un désengorgement des tribunaux ne peut se faire au détriment de ce mieux.

Traiter l’affaire de « l’Internaute de Tours » pour désengorger un tribunal pourquoi pas ! Cela aurait permis d’occuper à autre chose 2 Juges d’Instruction ou substitut, 1 Procureur Adjoint,  2 Procureurs, 2 greffiers et 6 magistrats en correctionnel.

« Plaider coupable » pour mieux de justice OUI, avec un « accès précoce et complet au dossier de l’accusation » pour éviter qu’une bavure policière ne se transforme en bavure judiciaire !

YC Dumas [Le 24 septembre 2009]

 

 

 

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