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Les
policiers vont faire du cinéma !
Michel Engelmann, 28
octobre 2008 Médiapart
Suite aux événements du
14 octobre 2008 à Montfermeil le responsable de la Sécurité Départementale
de la Seine Saint Denis annonçait que la police allait désormais filmer
toutes ses interventions. Les raisons de cette annonce étaient claires:
puisqu'on nous filme nous allons filmer !
Les faits:
Le 14 octobre la police
est appelée sur les lieux d'incidents qui se déroulent à Montfermeil, en
Seine Saint Denis. Alors que la situation semble maîtrisée les policiers
passent les lieux au peigne fin. Certains retrouvent un jeune homme dans
l'entrée d'un immeuble selon les témoignages. Comme un manifestant ne
ressemble jamais autant qu'à un autre manifestant celui-ci est appréhendé.
C'est à ce moment qu'un voire deux policiers, selon les images, frappent à
plusieurs reprises un jeune homme à terre avec leurs "tonfas"
voire avec une crosse de "flash-ball". La sournoiserie d'un
habitant des lieux fait que la scène est filmée et l'instantanée
cinématographique transmise immédiatement à l'IGS. Deux précautions valant
mieux qu'une une copie est également envoyée à la presse. Le procureur
déclenche une instruction relayée par l'IGS qui conduit son enquête. Le 22
octobre, après avoir reconnu les faits, quatre policiers sont mis en
examen.
C'est alors que le 23
octobre le Directeur de la Sécurité Départementale signifie à la presse qu'
"un cameraman de la police devrait être recruté pour surprendre les
violences commises contre la police, légitimer notre action et l'emploi de
la force".
Quels sont les
objectifs du Directeur Départemental de la Sécurité avec une telle
annonce ?
Si l'objectif du
Directeur de la Sécurité Départementale est de pouvoir dire "on leur a
fait mal mais eux aussi nous ont fait mal", ou encore "c'est pas
nous qui avons commencés", il sera intéressant de voir la réaction des
magistrats.
Aucun citoyen ne
reprochera à la police de sa ville, de sa région voire même de son pays de
maintenir l'ordre aux portes de chez lui. Chacun sait que la situation a
dérivé depuis des années et que la reprise en mains est délicate. Mais c'est
bien là le métier des policiers que de maintenir l'ordre en faisant en
sorte de ne jamais pouvoir dire: " on a battu celui-ci car regardez
comme il a été méchant avec nous !".
Si c'est là l'objectif du
Directeur il est fort à parier qu'il ne créera qu'un peu plus de confusion
avec les magistrats mais aussi avec nous tous, pauvres citoyens. Ce
n'est pas parce que des affrontements ont eu lieu et qu'ils ont été
éprouvant que les policiers doivent s'en prendre physiquement à une
personne, qui plus est hors du contexte des événements.
Les magistrats ont
fait leur travail, les policiers doivent faire le leur et "faire du
cinéma" à propos !
Le Procureur et les
magistrats ont fait leur travail et on peut penser que la diffusion du film
les y a aidé un peu. Informé de la situation le Procureur a réagi
rapidement. La mise en examen des deux policiers est intervenue sou 8 jours
après les faits, et deux autres policiers ont également été inculpés. L'IGS
semble avoir réagi également rapidement et comme pour se dédouaner on
apprend par la presse que l'un des deux coupables n'est pas aussi
transparent qu'il y parait.
Que le Directeur de la
Sécurité Départementale nous dise qu'il souhaite que les
policiers fasse du cinéma ne dérangera personne. Mais qu'il ne nous
dise pas que les preuves qu'il avancera seront autant de circonstances
atténuantes aux événements qui se sont déroulés. Rien dans la mission de
maintien de l'ordre de la police ne justifie ce genre de déviations et la
hiérarchie policière en est parfaitement consciente.
Cinéma contre cagoules
?
Puisque le cinéma même
amateur peut désormais servir de preuve, le cinéma policier doit servir à
identifier les "agresseurs" et uniquement à cela.
Nous risquons d'être
confrontés rapidement à deux nouveaux problèmes: que policiers et
manifestants ne nous montrent pas la même vision des événements et que la
marché de la cagoule prenne un nouvel essor.
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